Ancêtre et histoire du jeu d'échecs

Ancêtre et histoire du jeu d'échecs

Introduction

Quelles sont les véritables origines d'un jeu d’une telle complexité ? Comment le jeu d’échecs a-t-il été conçu ?

Ce sont des questions que nous nous sommes aussi posées et qui restent encore pertinentes de nos jours. Car il y a beaucoup à raconter à ce sujet. Ils représentent bien plus qu’un simple jeu de société. Pour notre part, nous nous en sommes rendu compte lorsque nos grands-parents et même nos arrière-grands-parents s’y adonnaient déjà. On comprend alors à quel point l’échiquier et ses pièces sont ancrés dans notre culture sociétale et ont traversé les générations.

Au travers de cet article, nous allons dépeindre l’histoire de ce jeu de stratégie en remontant jusqu’à son ancêtre le plus lointain connu à ce jour puis en examinant de plus près les évolutions du jeu au fil des années.

Les origines du jeu

Le plus ancien parent connu à ce jour est apparu en Inde au 7ème siècle après Jésus Christ même si en retracer l’origine n’a pas été une mince affaire. On raconte que ce jeu de plateau se jouait d’abord à deux puis à quatre sur un tablier de 8x8 cases qui n'est autre que l'ancêtre de l'échiquier en bois. Il était appelé chaturanga qui était aussi le nom d'une stratégie militaire et qui peut se traduire par « quatre divisions militaires ».

A cette époque, ces dernières étaient composées d’infanterie, de cavalerie, éléphanterie et de chars qui ont donné leur nom au différentes pièces du chaturanga. Celles-ci ont ensuite évolué respectivement en ce que nous connaissons aujourd’hui en tant que pion, cavalier, fou et tour. Beaucoup de choses restent encore méconnues comme la signification des inscriptions sur les bords du tablier ou encore leur déplacement exact. Mais ce que l’on sait est que la victoire tournait autour d’une seule pièce : le roi.

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Le chaturanga : le plus vieil ancêtre des échecs connu à ce jour

 

L’évolution du jeu reste encore peu connue de nos jours. Certains historiens s’accordent à penser qu’une partie pouvait se gagner en capturant toutes les pièces dans le but d’isoler le roi ou bien en capturant le roi directement. Concernant le placement des pièces, seul celui des pions et du cavalier sont inchangés tandis que celui des autres pièces variait suivant les régions et les époques.

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Le roi a toujours été la pièce centrale du jeu

 

Par la suite, le jeu a réussi à atteindre l’Extrême Orient en empruntant la route de la soie. Il se joue sous une forme différente du chaturanga initial. En effet, les pièces se déplacent sur les intersections et non sur les cases. La forme des pièces est elle aussi modifiée et ressemble plus au jeu de dame actuel.

L’histoire moderne nous a légué différents écrits, des tournois d’échecs mémorables et des variantes de jeu différentes. Tout cela a permis d'encore plus populariser le jeu, en plus de règles et d’évolutions qui allaient dans son intérêt.

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L’arrivée en Europe

Après son premier voyage sur la route de la soie en Extrême Orient, le jeu a été ensuite introduit en Perse, plus précisément dans les cours royales, par les indiens. Le chaturanga, renommé shatranj, faisait alors partie en ce temps de l’éducation de la noblesse persane. Il devint le jeu favori de trois califes successifs.

Pour l’anecdote, les joueurs interpellaient leur adversaire en criant « Shah ! », qui signifie « roi » en persan, lorsqu’ils attaquaient le roi. Mais aussi « Shah mat ! » (traduit par « le roi est sans défense ») quand le roi ne pouvait s’échapper d’une offensive adverse. Lorsque nous disons « échec » et « échec et mat », cela vient très clairement du persan.

Au 10ème siècle, les musulmans ont emmené le jeu dans leurs valises avec eux vers l’Afrique du Nord, la Sicile et l’Espagne. Tandis que les Slaves l’ont emmené chez les Rus. Pendant ce temps, les Vikings eux aussi ne sont pas partis les mains vides et l'ont apporté en Islande et en Angleterre. Beaucoup pensent qu’ils sont à l’origine de 78 pièces en ivoires retrouvées sur l’ile de Lewis, aux Hébrides extérieures, en 1831 et qui datent du 11 ou 12ème siècle.

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 Des pièces d'échecs "Ile de Lewis" datant du 12ème siècle prise par The Guardian

Malgré son succès, vers le milieu du 12ème siècle, les échecs tout comme les jeux de dés ont été interdits par les rois et les autorités religieuses. Pour exemple, le roi Louis IX fît appliquer cette décision  en 1254. Cela n'empêcha pas qu'ils survécurent tout de même à un bon nombre d’interdictions et de persécutions et cela grâce au capital social qu'il avait engrangé depuis son existence. En effet, les échecs étaient très souvent associés à la richesse, la connaissance et au pouvoir. Il était le jeu favori des rois comme Henry I, Henry II, Richard I d’Angleterre, Alfonso « le Sage » X d’Espagne et Ivan IV le Terrible de Russie. Il était connu comme le jeu des rois jusqu’au 15ème siècle.

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Les échecs se voulait être un reflet de la société de l'époque

L’uniformisation des règles

Les règles et l'apparence des pièces que nous connaissons aujourd'hui ont mis du temps à se mettre en place. Au 13ème siècle par exemple, le pion pouvait être déplacé de deux cases vers l’avant pour son premier mouvement contrairement à celui du shatranj qui était limité à une case. Cependant cette règle mis près de 300 ans avant de faire l’unanimité.

Les changements les plus bouleversants de l’histoire des règles échiquéennes en concernent deux en particulier qui furent popularisées après 1475. Une pièce autrefois appelée « le conseiller » pouvait se mouvoir diagonalement d’une case par tour.

D'un autre côté, la promotion d’un pion le changeait en « conseiller » ce qui rendait l’influence de la promotion sur le cours du jeu très minime. C’est la raison pour laquelle « le conseiller » passa par un changement de genre et acquis une mobilité beaucoup plus importante en devenant la pièce la plus puissante du plateau : « la dame » que nous connaissons aujourd’hui. Ces changements, que l’on peut qualifier d'améliorations avec le recul, ont contribué à fortement dynamiser le jeu. La dernière modification majeure concerne la pièce appelée « l’éléphant » qui pouvait se déplacer de deux cases en diagonal dans le chaturanga qui devint le fou au fil des années.

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L'introduction de la dame fut une révolution dans le jeu

Avant ces modifications, un échec et mat était rare et la plupart des parties se terminaient lorsque le joueur n’avait plus assez de pièces pour défendre son roi. Avec l’arrivée de la dame et du fou, une victoire par échec et mat était possible en minimum deux coups.

Les deux dernières évolutions majeures des règles du jeu concernent le roque et la prise en passant. Ces règles étaient déjà connues au 15ème siècle mais peu utilisée jusqu’au 18ème siècle. De petits changements sont encore apparus jusqu’à la fin du 19ème siècle comme par exemple le fait qu’un pion promu puisse devenir une dame même si le joueur possédait encore l’original sur l’échiquier.

Les différents design

L’apparence des pièces s’est toujours exprimée de deux manières : elle pouvait être simple comme travaillée et ce depuis l’époque du chaturanga. A cette époque, les formes simples représentaient des animaux, des guerriers et des gens de la noblesse. Cependant entre le 9ème et 12ème siècle, les pièces n’avaient pas de représentation précise et étaient fabriquées en argile ou pierre taillée s’adaptant à l’islam qui prohibe la mise en forme d’êtres vivants quelconque. Il se dit que le retour à la simplicité a permis au chaturanga de se populariser de par sa fabrication alors accessible et a aussi recentré l’attention des joueurs plus sur le jeu en lui-même que l’esthétique des pièces.

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Pièces d'échecs en bois minimalistes à la fois simples et travaillées des Artisans des Échecs

Les jeux d’échecs au design travaillé étaient généralement ornés de pierres précieuses et semi-précieuses. Du côté des échiquiers, ils étaient d’abord monochromes pour devenir ensuite avoir des alternances de cases noires et blanches, ou encore rouges et blanches. Ils ont toujours été faits à base de bois précieux ou de marbre. Mais d’autres alternatives existent aussi. Tellement il aimait le jeu, Pierre I de Russie a fait faire un échiquier spécialement pour lui en cuir afin qu’il puisse le transporter lorsqu’il partait sur les champs de bataille.

Pour ce qui est des pièces, le roi est devenu la pièce la plus large du jeu et a été surmonté d’une couronne et parfois sur un trône avec une massue suivant les style.

Le cavalier et son buste de cheval remontent déjà à l'ère du chaturanga.

Le pion est la pièce ayant le moins de pouvoir et un esthétisme peu travaillé.

La dame a grandi en taille après 1475 lors du fameux passage de « conseiller à dame ».

Le fou est connu sous différents noms comme l’évêque en anglais ou « l’éléphant » en russe. Il n’a porté la mitre qu’à partir du 19ème siècle.

Quant à l’apparence de la tour, elle était très variée. En Russie, elle représentait un voilier jusqu’au 20ème siècle et dans d’autres pays, un soldat dans un char ou la tour d’un château.

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L'esthétisme des jeux d'échecs ont beaucoup évolué depuis le chaturanga

Les pièces modernes telles que nous les connaissons aujourd’hui ont été adoptées aux alentours de 1835 avec un style simple imaginé par l’anglais Nathaniel Cook. Après le brevet obtenu en 1849, l’idée a été appuyée par Howard Staunton puis par le meilleur joueur du monde de l’époque. Tellement le design a été plébiscité par Howard Staunton qu’il en a pris le nom. Aujourd’hui seules les pièces Staunton sont autorisées dans les compétitions internationales.

Conclusion

Après un tel voyage au travers des âges jusqu’à aujourd’hui, ce dont nous pouvons être certains est que la suite de l’histoire des échecs sera toute aussi passionnante voire plus encore et nous en faisons déjà partie aujourd’hui. 

Les vestiges qu’il nous reste de ce glorieux passé sont les différentes parties, mais aussi d’illustres pièces et échiquiers de ces époques. Le temps d’une partie, ces jeux d’échecs en bois artisanaux permettent de faire un bon dans le passé et de posséder un bout d’histoire chez soi.